Navet Confit, Jésuslesfilles et Meta Gruau, trois bands déchainés de la contre-culture montréalaise, ont fait leur B.A., vendredi le 22 janvier, en offrant une succulente prestation lors du spectacle-bénéfice du Centre de Ressources et d’Action Communautaire de la Petite Patrie (le CRAC).
L’organisme
Le CRAC n’attend pas que la crise prenne l’ampleur d’une catastrophe mondiale pour agir. Depuis bientôt quinze ans, on y traite la petite misère quotidienne, en offrant une variété étonnante de services aux citoyens montréalais dans le besoin : distribution de denrées alimentaires, ateliers d’impôts, initiation à l’informatique, droit au logement salubre, formation professionnelle et insertion sociale. Peu importe la raison qui pousse un citoyen à se présenter, le CRAC est là pour l’aider. « Si on n’a pas de solution, on saura référer le citoyen au bon endroit » nous assure Bessy Hernandez, directrice-intérimaire du CRAC,d’une voix passionnée au bout du fil.
Elle nous explique cependant que depuis la fin du programme de Fonds de Lutte à la Pauvreté, en 2005, l’organisme peine à répondre à une demande grandissante de plus en plus urgente. Délaissé par les moyens de subventions traditionnels (principalement gouvernementaux), le CRAC cherche activement des pistes alternatives de financement.
Cette fois, elle sera venue d’Éric Pilote, coordonnateur des animateurs, qui a eu l’initiative de monter ce show-bénéfice afin de donner un coup de pouce financier au CRAC. Sans hésiter, Navet Confit, Jésuslesfilles et Meta Gruau ont généreusement plongé. « C’est d’autant plus généreux de leur part de jouer bénévolement, car ils ne sont pas des U2 ou des Madonna pleins aux as… Ils connaissent bien la valeur des choses, du temps qu’ils donnent » rajoute Madame Hernandez.
Les grands gagnants de cette soirée? Le public, bien sûr, qui a profité d’une soirée de concerts bien arrosée à prix abordable. Il fallait le voir se déhancher pour comprendre!« L’ambiance était vraiment sympathique, et le public chaleureux » approuvent ensemble les trois groupes, abordés à chaud, dès la fin du spectacle.
Tout comme Éric Pilote et Bessy Hernandez, les groupes mesurent modestement leur participation tout en réitérant leurs convictions:.
« On connaissait Éric qui nous a demandé de venir jouer ce soir-là, et on a dit oui tout de suite, on est toujours partants pour ce genre de show!! » explique Azure, du groupe Jésuslesfilles..
Julien, de Meta Gruau, acquiesce : « Ca fait longtemps qu’on connaît Jésuslesfilles et ils nous ont proposé de venir aussi, c’est toujours intéressant de jouer pour des associations ou pour des causes de ce genre. C’est vraiment cool, on se fait plaisir et en même temps, c’est utile. »
Après une telle prestation leurs noms ne risquent pas de tomber dans l’oubli, d’autant plus qu’ils sont tous les trois plutôt atypiques :
« On avait écrit une chanson qui s’appelait « Je suis les filles », notre batteur avait lu rapidement, il a compris « Jésus-les-filles! », nous avons tous trouvé ça génial, le nom du groupe était trouvé! » raconte Azure.
« Presque tous les titres de mes premiers morceaux commençaient par méta quelque chose, et un jour c’est méta gruau qui est sorti, depuis, c’est resté. » enchaîne Julien.
« Je voulais trouver un nom autour des légumes, Navet Confit, ça sonnait bien… » confie à son tour Jean-Philippe, du groupe au nom végétal.
Ces trois groupes, relève émergente de la scène locale montréalaise, ont un style musical bien différent, mais ils ont en commun une pêche d’enfer et une bonne dose d’originalité :
« Certains trouvent que ce que je fais est trop décalé, un peu trop bizarre, mais moi je me trouve parfois trop pop, presque trop classique » explique Jean-Philippe.
Azur enchaîne : « On ne peut pas vraiment dire qu’on est pop, on fait plutôt partie de la scène underground, même si on a parfois des sonorités pop, on recherche l’expérimentation. »
« C’est la même chose pour nous » ajoute Julien, « On joue de la musique comme on l’aime, pas parce que c’est ce qui passe bien ou ce qui doit être écouté. » Et c’est ce qu’on aime, rajoute le MEMOZ!
Les bénéfices de la soirée…
Mais pour Bessy Hernandez, le grand gagnant c’est l’organisme et ses bénéficiaires. Elle est très heureuse du déroulement du spectacle qui a réuni environ 80 personnes. Une fois les frais déduits, il devrait rester quelque bénéfice qui pourra éventuellement être transformé en repas gratuits.
Quand on pense aux plus de 4000 ménages inscrits à l’organisme pour l’exercice financier de l’année 2008-09, on ne peut s’empêcher de mettre en perspective le bénéfice de cette soirée… Madame Hernandez refuse de voir les choses sous cet angle. « Vous savez, dans le milieu dans lequel nous œuvrons, il n’y a pas de petits bénéfices, même si ce n’est jamais autant qu’on le voudrait, quand on sait bien que ça peut faire la différence, on est contents. »
Voilà donc une soirée qui satisfait tout le monde, une soirée comme on aimerait en voir plus souvent…



























