Deux années, un EP, un remix puis la sortie de « Tropiques du Cancer », premier album de la formation Polipe. Un groupe dont l’enthousiasme et l’énergie débordante ne trahissent pourtant aucune naïveté. Une rencontre entre double sens et fausse innocence.
MEMOZ : D’où vient ce nom Polipe? J’ai cru apprendre, Francis, que tu avais toi-même eu des polypes?
Francis : On a découvert ce mot au moment où on cherchait un nom de groupe. Je venais alors de recevoir mon diagnostic : trois polypes dans le corps (un polype est une tumeur bénigne). J’ai trouvé que c’était un beau mot. Pour nous c’est pas un nom triste, même si on peut toujours chercher des sens cachés. On aimait sa sonorité.
Pourquoi avez-vous changé la lettre?
Francis : Ben justement avec un « y », ça sonnait trop maladif.
Pierre-Luc : On pense que le moche peut rapidement être transformé en quelque chose de beau et pour ça, il a suffi de changer une lettre du mot. Polype est alors devenu polipe avec un « i ». Il suffit d’une petite chose, de claquer des doigts pour retourner les situations.
Antoine : Comme dans la vie.
Développer des polipes avec un « i » ça devient positif?
Francis et Pierre-Luc : Exactement.
Antoine : On pourrait placer une pancarte en bord de route : « Polipe autocueillette »!
Votre musique est résolument positive, est-ce une direction que vous aviez choisie ensemble dès le départ?
Francis : C’est sûr que c’est intentionnel. La couleur des accords et des arrangements qu’on a choisi procure cet effet. On aime ça.
Antoine : C’est drôle que ça soit sorti aussi « hop la vie » malgré les circonstances dans lesquelles ça s’est fait. En août dernier, deux de nos parents sont décédés des suites d’un cancer. La musique a alors vraiment été un exutoire.
Pierre-Luc : Raison de plus, quand tu vis de la souffrance, tu choisis d’avoir du fun quand tu fais de la musique, de compenser par la joie.
Francis : Moi, dès que ça devient sombre et ombrageux, ça me pèse lourd. Je sais que j’ai besoin de… James Brown! Radiohead, j’adore leur musique, mais ça me déprime, au fond ça m’insupporte aussi.
Vous faites presque uniquement référence à des groupes anglophones. Pourtant, vous avez choisi de chanter en français?
Pierre-Luc : Musicalement, on dirait qu’y a pas eu tant de groupes qui ont fait autre chose que de la chanson avec la langue française. Des gens ont décidé que le français devait sonner d’une telle manière. J’entendais encore Martin Léon l’autre matin établir cette soi-disant différence entre les deux langues.
En tous les cas, je considère qu’on pourrait faire du James Brown en français, puis y a des phrases en français qui sonnent très bien. Malajube le fait bien par exemple.
Antoine : On a eu notre période à chanter en anglais, mais ça n’avait aucun sens. Quand t’es ado, tu crois que tu vas soulever des stades alors tu te dis qu’il faut des paroles en anglais.
Francis : On avait une démo en anglais, composée avec un dictionnaire anglais-français, c’était ridicule!
Pierre-Luc : Je n’irais pas chercher une autre langue pour exprimer des choses que j’ai déjà du mal à exprimer dans ma langue. Jean Leloup et Charlebois nous ont quand même bien montré que c’était possible de déborder du cadre : chanson acoustique québécoise.
Certains groupes ont repoussé ces frontières depuis longtemps. On serait tentés de citer Harmonium dans vos influences.
Pierre-Luc : Clairement. Même si on n’aime pas tout ce qu’ils ont fait, il y a des tounes sur lesquelles ils ont tapé en plein dans le mille. La scène prog en français, ça a toujours existé mais c’est comme si le public ou les médias avaient été absents. Il y a une solennité particulière dans la musique d’Harmonium qui ressemble pas pantoute à ce qu’on fait pourtant.
Antoine : On est moins dramatiques, moins orchestraux que leur musique. C’est un sérieux qu’on retrouve chez Karkwa aussi mais qu’on n’a pas pantoute.
Pierre-Luc : Ça peut être recherché et pas sérieux pour autant. En tout cas, nous on a pas le goût de botcher notre musique, même si c’est apparemment moins sérieux. Le sérieux est une attitude.
Antoine : Ça s’explique par le fait qu’on soit un groupe. On est très proches et il n’y a pas de dictature. On fonctionne vraiment à trois sans se limiter. Y’a pas une mais trois têtes fortes. Du début à la fin de notre album Tropiques du Cancer, on essaie de déployer des palettes différentes et des couleurs variées.
Francis : On est de toute façon trop paresseux pour s’acharner à faire passer notre version de la toune sur les deux autres. On prend un peu ce qui passe et qui sonne bien.
Pierre-Luc : Juste le fait de présenter notre texte aux deux autres signifie qu’il a déjà subi beaucoup de modifications!
On sent une réelle complicité entre vous, depuis quand vous connaissez-vous?
Francis : On a fait de la radio ensemble au Cégep moi et Antoine. J’écoutais des classiques des Who, des Kinks, etc.
Antoine : Moi j’écoutais plus du son actuel.
Pierre-Luc : On vient de la même campagne et nos parents sont tous musiciens. Ils auraient aimé vivre de ça un jour.
Antoine : Faut pas chercher à comprendre.
Francis : On se complète.
Antoine : On se passe tout notre stock.
Pierre-Luc : Mais Antoine, t’as même pas voulu me prêter le dernier Flaming Lips!
Antoine : Je voulais l’écouter encore, et t’as dit « laisse faire »!
Loin de se contenter de surfer sur la vague optimiste, les trois garçons ont su contrer les tempêtes et les bourrasques par une furieuse foi en la vie. Par l’entrevue suivante, nous allons tenter de définir l’idéal apparemment sans limites des trois dudes (compères) :
L’ Entrevue idéaliste
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Sur la lune, si tu ne devais amener que deux albums?
Antoine : Moon Safari de Air et un Beatles ou peut-être Beethoven.
Pierre-Luc : Quoique je te dise, c’est sûr que je vais me tromper. Aussi bien j’aurais le goût d’écouter du Bach ou de la salsa, mais j’aurais pris les Beatles. Alors on va dire deux compils.
Francis : Please, please me des Beatles et notre musique Tropiques du Cancer.
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Si tu pouvais te faire téléporter, où irais-tu maintenant?
Antoine : Sur une île des Bahamas, y en a une qui est complètement perdue. Elle a été préservée à son état sauvage.
Francis : En Haïti, histoire de voir comment est la situation là-bas. Puis après, je rentrerai chez nous bien content et bien conscient de la chance que j’ai. Je sens que je vais choquer le monde.
Pierre-Luc : Dans le lit de mon ex.
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Dans le monde idéal, il y aurait plus de….. ?
Antoine : De paix et d’amour même si ça paraît « poteux ».
Pierre-Luc : Plus d’humilité.
Francis : Plus de Stevie Wonder. Que les gens écoutent ça dès le matin.
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Et moins de….. ?
Pierre-Luc : Moins d’inhibitions.
Antoine : Moins d’argent et de jalousie.
Francis : Y a trop de tout!
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Si tu devais décrire le comble du mauvais goût?
Pierre-Luc : Le manque de réflexion. Enfin tout peut être de bon goût tant que t’assumes. Si un mec arrive tout nu et que son attitude fit avec eh ben c’est parfait. Ça sera pas du mauvais goût. Le mauvais goût c’est le mauvais goût dans l’fond.
Antoine : Le comble du mauvais goût est un musicien qui se prend pour un philosophe (regard appuyé d’un côté et regard étonné de l’autre). Vous inquiétez pas, c’est de l’autodérision.
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Quelle musique te fait danser le mieux?
Pierre-Luc : L’alcool.
Antoine : Le Motown, le swing.
Francis : Le Motown!!! On se rejoint tous là dessus… et sur l’alcool aussi.
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L’affaire médiatique récente qui vous a le plus tapé sur les nerfs?
Francis : Le H1N1! C’était ridicule, totalement ridicule.
Antoine : Le fait qu’il n’y avait pas assez de Québécois dans le Canadien (rires)
Pierre-Luc : Je vais écouter les nouvelles et je vais t’appeler! On relate uniquement les mauvaises nouvelles, à part la bonne nouvelle GM. Tiens ben, c’est peut-être ça le comble du mauvais goût :
« TVA vous présente maintenant la bonne nouvelle GM! » voix de présentateur télé (rires).
Pour en savoir plus sur Polipe :

























