Répertoire indépendant MUSICAL/CULTUREL/NUMÉRIQUE à Montréal

C’EST MR WOLFE QUI RÉGALE !

jlSamedi soir. Comme à son habitude, le coin Ste-Catherine/St-Laurent bouillonne entre ses travestis, ses quêteux à crêtes et ses odeurs de friture chinoise. Devant le Métropolis, la foule est dense. Pas de première partie, apprend-on ni de tickets d’ailleurs….. mais le marché noir nous comble rapidement. Les guitares rugissent soudain, un regard s’échange avec mes amies et aussitôt : let’s go ! Le doorman lâche : « Rentrez en d’dans ! De toute façon c’est Jean Leloup à soir alors on peut pas vous empêcher de fumer ».

Ben là si vous insistez….

En effet, au milieu des cris et de la foule qui se compacte progressivement, l’hôte des lieux apparaît et c’est d’abord par la légère fumée évanescente de sa cigarette mentholée que je le localise. Un charisme suffisant pour reléguer aux oubliettes la législation anti-tabac.

Contrairement aux versions enregistrée, le duo de choc drum/bass propulse le public dans un groove tenace qui se poursuivra tout le long du show. Ouf ! Je commençais à êre tannée de ces shows où l’on reste piqué debout durant des heures.

Dès la première partie, l’émotion est palpable et le public se rallie autour des hymnes que sont « Les Fourmis, Faire des Enfants  et Paradis Perdu, entre autres. Les tounes du dernier album sont évidemment moins suivies mais la foule se détend progressivement sur les rythmes chaloupés dans les passages instrumentaux.

Les styles se croisent et c’est la bien nommée « Moments Parfaits » qui clôt la première partie : une voix quasi écorchée et une musique lacunaire qui laisse place à la plus belle poésie, celle qui rend les silences éloquents.

Car Leloup c’est aussi la poésie du bout des lèvres et la douce folie qui fait pétiller les yeux de mes voisins avec plaisir : « esti qu’il est malade dan’ tête » . Chaque transition est l’occasion d’ embarquer dans un folklore haut en couleurs : un univers pittoresque, cru et brut de pomme. Il y a d’abord la vieille chienne au cul crotté qui fait blop blop dans la flaque, puis l’histoire de cet homme enchaîné à son horaire planifié car même le samedi c’est… loisir organisé. En chemin, intervient l’histoire incroyable de ce drummer à la vie rocambolesque : entre les splits, les reformations, les voyages et les visas, tout est très mêlant. C’est dans ce pêle-mêle que l’on reconnaît d’ailleurs l’humour sarcastique de l’artiste, vraiment joueur et faussement manipulateur. Cette propension à faire embarquer le monde dans des méandres sans fin aboutit à la dérision de toutes choses et d’abord de lui même.

Eh oui, « c’est l’histoire de ce showman qui parle pour dire que les médias disent qu’il parle pas assez…. » alors il parle beaucoup pour dire cela! Comme dans Morning, on nous niaise – falling down. C’est juste un avertissement.

La critique sociale est forte mais le voyage reste festif : l’énergie et le charisme de Leloup y sont pour beaucoup. La deuxième partie est une véritable invitation à la danse, les lignes de basse tapent dans les fesses, c’est un son qui prend le corps et ne lâche plus. Sur les lignes de basse, les mots flottent, dopés par les effets de delay et de reverb.  Lucie se fait alors maquerelle dans un bordel jamaïcain : cette sœur caché de Lola Rastaqouère danse reggae avec Marilou . Jean-Leloup lève les bras au ciel et au milieu de la fumée, sa voix devient celle d’un apôtre : il danse sur le riddim. Le public commence enfin à répondre à cette sensualité et se lance dans cette communion si propre au reggae. On se dit qu’il n y a pas tant d’artistes qui réussissent à mêler la parlure québécoise et les rythmes downbeat . Le drummer afrocubain, le claviériste et le bassiste ivoiriens y sont pour beaucoup, distillant subtilement une pincée de funk, d’afrobeat ou de reggae toujours bien sentie.

J’aurais aimé retrouver, sur quelques tounes, l’harmonie subtile du mélange vocal féminin-masculin que l’on trouve beaucoup chez Leloup. Pour certains, il manquait un peu de sessions en guitare acoustique. Mais le public en demande toujours plus, et le voilà qui remonte sur le stage pour un deuxième rappel et……en fait, non il n’a pas le goût explique-t-il au micro. Imprévisible, mais avec trois heures de show, il n’y a vraiment pas de quoi s’excuser.

Certains heureux se feront inviter backstage et Surprise !! Au milieu des caisses de déguisements et des confettis périmées, nous sommes rapidement conviées à souper dans un des meilleurs restos de la ville. Le producteur me rassure : « Jean, quand il a de l’argent, il adore le dépenser donc toute l’équipe de prod est invité et vous aussi ». De la musique à la bouffe, j’aurais tendance à penser qu’aucun artiste ne m’a jamais autant fait plaisir. Qui eut cru que l’érable et le saumon se mariaient aussi bien ?

Tous les commentaires seront modérés. Commenter est un privilège, pas un droit. Les commentaires constructifs seront appréciés.